Bienvenue aux Amériques
« I hear America singing, the varied carols I hear, (...) »
« J’entends chanter l’Amérique, j’entends ses chansons variées, (...) »
Walt Whitman
Consacrer une édition entière d’un festival au thème des Amériques, ce n’est pas anodin : c’est ambitieux, joyeux, un peu fou aussi ; cela donne le vertige, change les proportions, varie les perspectives, élargit notre horizon.
Pourquoi, ici, à Albi, célébrer les Amériques ? Peut-être parce que Tons Voisins n’est pas un festival comme les autres : à l’image de cette Amérique au sens large que l’on réduit trop souvent aux seuls États-Unis, Tons Voisins est une fédération d’énergies qui rendent son existence possible ; c’est une identité forte qui s’est construite, inventée peu à peu à partir de multiples éléments ; c’est une variété de musiques, un espace d’échange et de métissage. Tons Voisins, c’est Albi, et ce n’est pas un hasard si, comme les Amériques, la musique dans cette ville est devenue synonyme, au fil des ans, d’utopie positive, d’engagement, d’inventivité.
Proposer un parcours américain, c’est forcément s’intéresser à un pays qui a des racines jeunes, et donc programmer 80% de musique moderne. Pour cela, il faut compter sur l’enthousiasme d’artistes d’envergure mais surtout sur l’intelligence et la réceptivité d’un public différent. Avec Amériques, nous faisons le pari d’une rencontre : celle d’un public toujours plus curieux, prêt à explorer des terres inconnues, désireux de se questionner, de se passionner, de s’enthousiasmer, de s’exprimer, d’échanger avec des musiciens venus partager des œuvres composées de l’autre côté de l’Atlantique, voire des bords du Pacifique. Et parce que ce public, nous l’avons rencontré à Albi, parce que nous savons qu’il existe, que cette édition a pu prendre forme.
L’Amérique est un paradoxe à chaque pas : pays de la liberté et pays d’esclavage croyant à l’égalité mais pratiquant la ségrégation ; terre d’accueil des étrangers et inventeur de l’immigration contrôlée, érigeant en principe l’indépendance, mais usant de la répression ; espaces désertiques et villes surpeuplées où se côtoient rigueur morale et corruption ; monde neuf aux goûts souvent traditionnels ; attaché au vieux continent par de nombreux liens, mais ayant créé ses propres coutumes; terres vierges cependant habitées par des civilisations ancestrales...
Les Amériques nous donnent à réfléchir, nous tendent un miroir de notre humanité : conquête rime-t-elle avec destruction et extermination ? Puissance avec hégémonie ? Masses avec négation de l’individu ? Grands espaces naturels avec pollution extrême ? Par sa taille, sa diversité, ses contrastes et ses contradictions, le continent américain fascine et incite à une remise en question de ce que nous pensions connaître.
Ouvrons les oreilles, frottons-nous les yeux, mettons-nous en marche : en 2013, à Albi, il se passe quelque chose de différent, une aventure débute, et sur le même bateau, musiciens et public partent à la découverte de nouveaux mondes : en route !
Clément Mao-Takacs

